Je vais dire quelque chose que mes collègues trouveraient probablement déplacé mais je m’en fous un peu. Je passe mes journées à examiner des corps, à parler de choses que la plupart des gens trouvent gênantes, et parfois je rentre chez moi à Borgo avec cette sensation bizarre d’avoir été trop professionnelle, trop froide, trop technique. Comme si j’avais oublié ce que ça fait d’être touchée par quelque chose de simple. Un regard. Une phrase bien tournée. Une conversation qui dérive lentement vers l’intime sans qu’on sache vraiment qui a commencé.
Je ne cherche pas quelqu’un pour combler un vide. Je ne suis pas malheureuse. Je suis juste fatiguée des hommes qui me draguent en consultation ou qui me regardent bizarrement quand je dis ce que je fais dans la vie. Comme si mon métier faisait de moi quelqu’un d’inaccessible ou de trop compliqué. Alors que c’est peut-être justement pour ça que j’aimerais qu’on me parle autrement. Qu’on me fasse oublier les corps anonymes et les protocoles médicaux.
Je voudrais un tchat intime avec quelqu’un qui sait écrire plus que trois mots à la suite. Quelqu’un qui comprend que l’excitation commence dans la tête avant tout. Si tu habites pas trop loin et que tu sais tenir une conversation sans t’effondrer au premier sous-entendu, écris-moi. Mais vraiment écris, pas juste « salut tu cherches quoi ».